Qui suis-je ?

Qui suis-je pour écrire ce livre ? 

J’ai toujours revendiqué mon athéisme natif sans pour autant appartenir à la

tribu des bouffeurs de curés et je peux croiser une soutane sans croasser. J’ai

donc, depuis trente ans, volontiers répondu présent aux appels de catholiques

pour partager des combats écologistes ou contre l’extrême-droite. Je suis

depuis vingt ans, bien que profondément matérialiste, membre du Comité de

rédaction de la revue catholique Golias qui accepte de croiser nos valeurs ; j’ai

accepté de collaborer à la revue Relations, publiée au Québec, par le Centre

Justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus,

notamment pour ses numéros spéciaux consacrés à la crise écologique ; j’ai

contribué à d’autres médias catholiques comme Les cahiers de l’atelier

(notamment pour son numéro sur l’écologie et la simplicité volontaire) publiés

en partenariat avec ACE, ACI, ACO, Carrefour de l’église en milieu rural, JOC,

Aumônerie de l’enseignement public, comme Lumière et vie, revue théologique

fondée par les Dominicains, comme Témoignage Chrétien ou Radio Chrétienne

de France ; j’ai fréquenté durablement l’équipe, majoritairement catholique, du

mensuel La Décroissance (avant que nos chemins ne se séparent car je refuse

que la décroissance rime avec austérité et qu’elle pactise avec plus à droite) ;

j’ai accepté de publier de nombreux ouvrages dans des maisons d’édition

catholiques, notamment celle des Jésuites au Brésil (éditions Loyola).

J’ai même participé aux deux premières conventions de l’Association Chrétiens et Pic de pétrole.

Je n’ai donc jamais considéré que l’église était « intrinsèquement perverse »,

histoire de lui retourner le mot du pape Pie XI au XIXe siècle contre toute idée

de collectivisme et de socialisme (nous sommes alors loin du monstre

stalinien). J’ai toujours considéré que l’église était une « grande famille » et

qu’il fallait apprendre à séparer le bon vin de l’ivraie en matière de débats de

société. Moi, qui aime me définir comme Objecteur de croissance amoureux du

bien vivre, je sais tout ce que l’écologisme des pauvres doit aux théologies de la

libération et à l’option préférentielle pour les pauvres développée en Amérique

du Sud. Sans ce mouvement chrétien, l’écologie aujourd’hui serait encore plus

mal en point. Je sais aussi que de la même façon qu’on ne peut imputer aux

militants communistes les crimes de Staline, ni la responsabilité historique qui

est celle des dirigeants des partis, qui eux savaient, on ne peut reprocher aux

catholiques ni les crimes pédophiles ni le silence coupable sur ces crimes, ni les

scandales financiers et politiques qui frappent l’église en tant qu’institution.